l’Unité visible I : Pour les catholiques, que signifie croire « en l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique » ?22-min read (inc. footnotes)

Il n’est pas possible que l’Église perde l’une de ses quatre marques. L’Église Catholique Romaine existera jusqu’à la fin du monde, en gardant sa nature essentielle et sa constitution, y compris son unité.

Nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs la version française de la première partie de notre Étude sur l’Unité visible de l’Église.

[This French article is a translation of Part I of S.D. Wright’s study on the Visible Unity of the Church. Translated from English by Pierre Boralevi. Originally published by LifeSiteNews 8 avril 2021. Image: The Good Shepherd, Murillo. (Source)]


Tous les dimanches, les catholiques professent leur foi en l’Église : Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Beaucoup de catholiques savent que Notre Seigneur Jésus Christ a fondé une seule Église et non plusieurs, et que cette église c’est l’Église Catholique Romaine.[1]  Cette affirmation a d’ailleurs conduit nombre de convertis à rentrer dans son bercail au cours des années. On appelle parfois cette notion l’unicité de l’Église, pour la distingué de son unité.

Mais tout ne se résume pas à cette notion d’unicité dans l’affirmation que l’Église est une. En 1928, le pape Pie XI publia son encyclique Mortalium Animos condamnant le mouvement œcuménique du vingtième siècle. Ce mouvement affirmait qu’il n’existe en effet qu’une seule Église visible, mais que celle-ci est « composée de diverses communautés de chrétiens, malgré leurs adhésions à des doctrines différentes et même contradictoires »[2]

Contre cette notion, Pie XI enseigne que l’Église catholique est « une », non pas seulement parce qu’elle est unique, mais aussi parce qu’elle est unie ; bénéficiant déjà de cette unité pour laquelle Notre Seigneur a prié quand il a dit : « pour que tous ils soient un… et il y aura une seule bergerie, un seul pasteur » (Jean 17.21, 10.16) Plutôt que l’expression d’un idéal non réalisé, la prière de Notre Seigneur fut la cause efficace d’une unité remarquable dans la foi et la charité, dont l’Église a bénéficié sans interruption pendant des siècles.[3]

Compte tenu des divisions qui existent aujourd’hui entre ceux qui s’affirment catholiques, il peut sembler difficile de croire que cette unité dans la foi était considérée dans l’apologétique comme un fait accompli, une preuve de ce qu’affirme l’Église sur elle-même. En d’autres termes, la véracité de cette affirmation de l’Église était en partie établie par cette unité visible dans la foi. Bien que cela puisse nous paraître étrange aujourd’hui, il s’agit bel et bien de l’enseignement de l’Église. Plutôt que de le rejeter, il convient donc d’essayer d’en comprendre le sens.

Pour explorer cette idée, nous nous en réfèreront à un certain nombre de documents du Magistère de l’Église antérieurs à Vatican II, ainsi qu’à certains manuels d’ecclésiologie et de théologie dogmatique préconciliaire (de langue anglaise).[4] Nous avions établi les raisons qui rendent ce choix nécessaire dans un autre article.[5]

Dans cet article, nous nous en réfèrerons principalement au manuel intitulé The Church of Christ (l’Église du Christ) du Révèrent Père E. Sylvester Berry publié en 1927, et nous développerons notre thèse avec d’autres textes dans un article futur. Le Révèrent Père Berry était professeur en apologétique au séminaire de Sainte Marie, à Emmitsburg dans le Maryland. Son manuel constitue une publication claire et respectée d’ecclésiologie catholique.

Ce sujet est vaste, et nous nous contenterons d’expliquer ce que signifie pour l’Église : être unie par la profession extérieure d’une même foi.

Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême

En commençant par la base, le Penny Catechism affirme la chose suivante :

L’Église est Une car tous ses membres professent une même foi, tous assistent au même sacrifice et possèdent les mêmes sacrements, et tous sont unis sous l’autorité d’un même souverain pontife.[6]

Cette même doctrine est exprimée dans le récent Catéchisme de Baltimore ainsi que dans le Catéchisme de Saint Pie X. Elle fait partie d’une belle mosaïque de vérités qui correspondent aux paroles de Saint Paul : « Un seul Seigneur, une seule Foi, un seul Baptême. » (Éphésiens 4.5). Elle correspond aussi à la définition donnée par Pie XII concernant les membres de l’Église, contenue dans son encyclique Mystici Corporis Christi :

« Au sens plein de l’expression, seuls font partie des membres de l’Église ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, qui, d’autre part, ne se sont pas, pour leur malheur, séparés de l’ensemble du Corps, ou n’en ont pas été retranchés pour des fautes très graves par l’autorité légitime. » [7]

L’enseignement de Pie XII sur l’appartenance à l’Église est très standard sur le plan ecclésiologique [8] et bien que l’idée soit antique, son expression moderne nous vient surtout de Saint Bellarmine, docteur de l’Église. [9]

Même avant Pie XII, le Concile de Vatican I avait exprimé plusieurs belles versions de cette même idée, dont la suivante :

L’éternel pasteur et gardien de nos âmes [1 P 2, 26], pour perpétuer l’œuvre salutaire de la Rédemption, a décidé d’édifier la sainte Église dans laquelle, comme en la maison du Dieu vivant, tous les fidèles sont rassemblés par le lien d’une seule foi et d’une seule charité. [10]

On peut voir ici qu’il existe différents types d’unité. Mais que signifie pour l’Église de jouir de l’unité dans la foi ? Comment l’Église et ses théologiens comprenaient-ils cette idée ?

Unité de profession

Selon Berry, le concept général de foi surnaturelle comprend :

  1. Une doctrine enseignée (« la foi objective ») ;
  2. Son acceptation intérieure par ceux à qui elle est enseignée (foi subjective/intérieure) ; et 
  3. La profession extérieure de la foi intérieure [11] Cette dernière étant le sujet principal de cet article.

Qu’enseigne l’Église à propos de cette profession de foi extérieure ? Vatican I enseigne :

« Afin de nous permettre de remplir notre devoir d’embrasser la vraie foi et de nous y maintenir constamment, Dieu, par son Fils unique, a fondé l’Église, et il a doté ses institutions de marques claires pour qu’elle soit reconnue de tous et par tous comme la gardienne, et maîtresse de la parole révélée.  […] »

« L’Église est en elle-même, en vertu de […] son unité catholique et de sa stabilité invincible, un motif perpétuel de crédibilité et une preuve incontestable de sa propre mission divine. »  [12] 

En d’autres termes, l’Église enseigne qu’elle est dotée de « marques claires » prouvant ce qu’elle affirme sur elle-même, et elle enseigne aussi que l’une de ces marques est l’unité. Cette unité remarquable au sein de l’Église est en soi une preuve de sa mission divine. Comme exprimé dans la Session IV du Concile Vatican I, cette unité est une unité de foi et de charité en particulier. Cette notion a été expliquée par les théologiens des décennies qui ont suivi. Revenons un instant au Révèrent Père Berry :

« L’unité dans la profession de foi est une conséquence naturelle de l’unité de la doctrine ; un simple corollaire qu’il convient d’expliquer plutôt que de prouver. [13] Même en tant que « conséquence naturelle », cette unité extérieure dans la foi était perçue comme un fait étonnant. » [14] 

Plus loin, Berry poursuit :

« Celui qui rejette les principes mêmes d’une société par ses actes ou ses paroles, rejette de ce fait ladite société et par conséquent, cesse d’en être un membre. Il s’en suit que tous les membres de l’Église doivent au moins professer extérieurement une même foi. […] » 

Puisque cette profession de foi extérieure concerne la foi enseignée par l’Église, elle demeure donc essentiellement identique pour tous ses membres ; en d’autres termes, il existe une unité dans cette profession de foi extérieure. » [15]

Le contenu de cette profession

Quel est le contenu de cette foi ? « La foi unique de l’Église », comme l’appelle le père Berry. Il ne s’agit pas seulement d’une « adhésion au Christ comme Sauveur, et d’une confiance en ses mérites et à sa volonté de sauver les hommes. » [16] Il ne s’agit pas non plus seulement d’un ensemble de « doctrines fondamentales » à propos desquelles tous ceux qui se disent chrétiens pourraient s’entendre (par exemple : la Sainte Trinité, la Résurrection etc.). Et il ne s’agit pas non plus uniquement de ces doctrines définies solennellement par un pape ou un concile. Il s’agit plutôt d’une adhésion à l’ensemble du corps doctrinal, comme le père Berry l’écrit :

« C’est un fait bien connu que l’Église a toujours exigé l’unité la plus stricte dans la profession de foi ; ceux qui refusaient de professer ne serait-ce qu’une seule doctrine, étaient condamnés comme hérétiques ayant déjà cessé d’être des membres de l’Église. » [17]

C’est en substance la même idée à laquelle Léon XIII a donné le poids de l’autorité magistérielle dans son encyclique Satis Cognitum :

« Il en était du devoir de tous ceux qui entendaient Jésus Christ, s’ils désiraient le salut éternel, non seulement d’accepter toute la doctrine, mais de consentir avec toute leur intelligence à tous les points cette doctrine, car il est illégitime de refuser à Dieu la foi, même concernant un seul point [de doctrine]. […] »

Par ailleurs, de même que les apôtres et les disciples étaient tenus d’obéir au Christ ; de même, ceux à qui les apôtres enseignaient la doctrine étaient tenus, par décret divin, d’obéir aux apôtres. Par conséquent, il n’était pas plus permis de rejeter un iota de l’enseignement des apôtres qu’il n’était permis de rejeter un seul point de doctrine enseigné par le Christ lui-même. […]

La pratique de l’Église a toujours été la même, comme le démontre l’enseignement unanimes des Pères, qui avaient pour habitude de considérer comme en dehors de l’Église et de la communion catholique quiconque s’éloignait, au moindre degré, de tout point de doctrine proposée par l’autorité de son Magistère. [18]

Rien n’indique, pas même la mention « d’autorité », que ceci se limite aux définitions solennelles telles que celle de l’Assomption ou de l’Immaculée Conception. Léon XIII affirme : “Un seul point…un iota…au moindre degré.» Le père Berry et bien d’autres le prennent au mot.

Soumission au Magistère

Cette unité de foi est basée sur deux choses : le contenu de la doctrine professée, qui est lui-même causé par la disposition des fidèles de se soumettre au Magistère de l’Église ou la regula fidei (« règle de foi »).[19]

Il faut éviter un mode de penser binaire ici. Les auteurs considèrent que cette unité dans la profession de foi n’est pas mise en danger par ceux qui sont dans l’ignorance ou l’erreur innocente, du moment que leur attitude demeure celle de soumission au Magistère. [20]

Mais ceci est dû précisément au fait que ce qui importe ici est bien la soumission en elle-même, et non une simple prétention d’être soumis au Magistère. L’idée selon laquelle l’union au Magistère peut être préservée en étant simplement affirmée (y compris quand cette affirmation est évidemment fausse) est grossière et légaliste. Ce n’est pas ce qu’enseignent les théologiens.

Au contraire, si quelqu’un prétend être soumis au Magistère de l’Église et cependant doute ouvertement d’un dogme ou le rejette en pleine connaissance de cause, son affirmation est vaine. Prenons par exemple ce texte du Révérend Cardinal Juan de Lugo (mort en 1660) :

S’il est certain par d’autres moyens, par exemple, si la doctrine en question est bien connue, ou s’il est évident, en raison du type de personne ou des circonstances, que l’accusé ne peut être ignorant de l’opposition de sa doctrine à celle de l’Église, il sera automatiquement jugé hérétique. [21]

Il est donc évidemment plus facile de prouver la rébellion des savants que celle des ignares. Nous pouvons aisément reconnaître de telles situations : par exemple quand un prêtre bien formé nie publiquement une vérité dogmatique sur les réseaux sociaux.

Il existe donc des cas où nous pouvons savoir que la culpabilité est présente ; d’autres où nous pouvons savoir qu’elle ne l’est pas, et d’autres enfin, où il n’est pas possible de le déterminer, et où il convient donc de donner à la personne le bénéfice du doute.

Il ne s’agit pas ici de juger les âmes. Il s’agit de reconnaître une réalité et d’être capable de savoir qui est catholique et qui ne l’est pas. En effet, notre discussion ne porte pas ici en premier lieu sur les individus, sauf comme faisant partie ou non d’un ensemble.

Quoi qu’il en soit, quand l’Église et ses théologiens soutiennent que l’unité dans la foi est une preuve de ce qu’Elle affirme, ils s’en réfèrent au fait admirable et incontestable que les catholiques, en pratique, professaient tous les mêmes croyances qui étaient aussi celles de leurs ancêtres dans la foi, et adhéraient docilement aux enseignements du Magistère de l’Église, y compris en dehors de ses définitions extraordinaires et solennelles. Ils ne croyaient pas seulement au mystère de l’Incarnation, de la Sainte Trinité, etc. mais ils recevaient aussi docilement (par exemple) l’enseignement contenu dans les encycliques des papes. C’est pourquoi Pie XII a pu écrire dans son encyclique Humani generis :

« Et l’on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres Encycliques n’exige pas de soi l’assentiment, sous le prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C’est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : “Qui vous écoute, m’écoute… ” (3), et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les Encycliques appartient depuis longtemps d’ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens. » [22]

Notons que quand il parle des papes portant à dessein un jugement, Pie XII ne parle précisément pas du « pouvoir suprême » du magistère des papes.

Même en prenant en compte quelques exceptions, par exemple des cas d’erreurs honnêtes sur la foi ou certains débats théologiques, c’est cette profession de foi visiblement unie, et non pas juste une sorte de soumission unifiée mais seulement verbale au Magistère, qui étonnaient autant les catholiques que les non-catholiques, et qui étaient considérée comme une marque de l’Église. Une soumission seulement verbale n’a rien d’étonnant en soi. Salaverri a même pu enseigner que cette unité dans la profession de foi était (tout comme les autres formes d’unité dans l’Église) « manifestement visible, facilement reconnaissable et reconnue par un plus grand nombre encore que ceux qui reconnaissent l’Église comme la vraie église. » Cela signifie que ceux qui étaient conscients du fait que l’Église Romaine était unie de cette manière étaient plus nombreux encore que ceux qui la reconnaissaient comme la vraie Église de Dieu. [23]  Ce qui est logique « car autrement, cette unité ne serait d’aucune aide pour reconnaître la vraie Église. » [24]

Tout ceci nous montre que, sans lire ces sources préconciliaires, nous ne pouvons vraiment comprendre à quel point la crise actuelle est sérieuse. Car cette unité, qui était considérée comme étant un aspect nécessaire de la nature visible de l’Église et une preuve de ses affirmations, semble avoir disparu aujourd’hui.

La situation actuelle

Le fait extérieur est la désunion de l’Église, rendue visible par la désunion des évêques entre eux, et avec le Pape[25].

PROFESSEUR ROMANO AMERIO, PERITUS AU CONCILE VATICAN II ET AUTEUR DE L’OUVRAGE DE RÉFÉRENCE IOTA UNUM : A STUDY OF CHANGES IN THE CATHOLIC CHURCH IN THE XXTH CENTURY.

Considérons, par exemple, les récents évènements qui ont suivi la publication du document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les bénédictions de certains types d’union. Sans même considérer qui a raison ou tort, il est évident qu’il existe une énorme division, soi-disant « au sein de l’Église catholique » concernant des notions très basiques.

Considérons aussi les données suivantes provenant de deux sondages Pew Research qui ont eu lieu en 2019. Selon une étude, seuls 50% des catholiques américains connaissent la doctrine de l’Église sur la transsubstantiation. [26]

Un autre sondage a révélé que seulement 31% croient que « le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang de Jésus. » [27] En contraste, 69% croient que « le pain et le vin utilisés pour la communion sont des symboles du corps et du sang de Jésus Christ. » Dans ce dernier groupe, la plupart pensent qu’il s’agit de l’enseignement de l’Église ! Mais environ un tiers d’entre eux ont déclaré être conscients de rejeter l’enseignement de l’Église.

Cette même étude a révélé que même 37% de ceux qui assistent à la messe tous les dimanches n’acceptent pas l’enseignement de l’Église sur la transsubstantiation.

Nous retrouvons ici encore les trois groupes mentionnés précédemment : ceux qui croient en la doctrine catholique, ceux qui croient en quelque chose de différent mais sont probablement soumis au Magistère de l’Église (et à qui le bénéfice du doute peut être accordé du moment qu’ils sont laïques), et ceux qui sciemment rejettent à la fois le contenu de la doctrine et le Magistère qui l’enseigne.

Nous pouvons laisser de côté la question de savoir si répondre anonymement à un sondage constitue un départ manifeste et officiel de la profession de foi catholique, ce n’est pas ce qui importe ici. Ce qui importe ici c’est que certaines de ces personnes, qui rejettent sciemment à la fois l’enseignement et l’autorité, le font de manière publique et manifeste : d’ailleurs, les pratiques de certaines messes paroissiales le démontrent peut-être déjà suffisamment. [28] Et pourtant, toutes ces personnes continuent d’être considérées comme des catholiques et des membres de l’Église catholique.

Encore une fois, il ne s’agit pas de juger les âmes, car les cas individuels ne sont pas le propos de cet article. Il s’agit simplement de reconnaître qu’aujourd’hui, il semblerait que ceux qu’on appelle « les catholiques » ne sont pas unis dans ce qu’ils professent croire. Il n’y a plus même prétention de croire en certains dogmes.

Car ce même phénomène s’appliquerait très certainement à d’autres dogmes que celui de la transsubstantiation si ces derniers faisaient l’objet de sondages. Il existe d’ailleurs même un site de rencontre catholique qui permet à ses usagés de sélectionner parmi six dogmes ceux qu’ils acceptent ou n’acceptent pas. Il est même possible à ces mêmes usagers de filtrer leurs recherches sur le critère de l’adhésion ou non à ces dogmes. Est-ce là le signe d’une organisation visiblement unie ?

Unité de doctrine ou d’enseignement

Tout cela sans parler du fait que, d’une paroisse à l’autre, on peut être amené à entendre un sermon catholique ou hérétique. Cette réalité est d’ailleurs encore plus claire aujourd’hui, à l’âge des messes en streaming. Étant donné sa fonction et sa formation, un prêtre est certainement conscient de ce qu’il fait lorsqu’il refuse de se soumettre au Magistère de l’Église. Et pourtant, de tels prêtres sont aujourd’hui souvent considérés comme étant dans les bonnes grâces de l’Église, et comme appartenant à une seule et unique organisation.

En réalité, cette division dans la doctrine est en elle-même impossible à l’Église ; et d’une certaine façon, elle est la cause de la division dans la croyance et dans la profession de foi. Comme mentionné ci-dessus, le père Berry enseigne que l’unité de la doctrine au sein de la hiérarchie catholique est la cause de l’unité de profession de foi dans l’Église. [29] La situation inverse suit la même logique.

Ailleurs, le père Berry enseigne qu’il est bien connu « que l’Église catholique exige une adhésion complète et inconditionnelle ainsi que la profession de tous ses enseignements. » [30] Et tout ceci fait écho aux enseignements innombrables des papes et de Vatican I, affirmant que l’adhésion à leur autorité doctrinale conduit efficacement à l’unité dans la foi.

Mais, en règle générale, ceux qui sont apparemment en position d’autorité dans la hiérarchie, n’exigent plus cette adhésion à l’enseignement de l’Église et la profession qui s’en suit. En fait, ils ne semblent pas enseigner du tout, et les meilleurs d’entre eux ne semblent pas non plus s’inquiéter outre mesure de ce manque d’unité. Au contraire, ils tolèrent d’énormes divisions doctrinales au sein du troupeau et la plupart ne font rien pour y remédier. Pour revenir à Amerio, la citation ci-dessus est immédiatement suivie de ceci:

Le fait interne qui produit [cette désunion] est le renoncement à l’autorité papale elle-même, c’est-à-dire son non-fonctionnement, dont découle le renoncement à toute autre autorité[31].

Certains exigent l’obéissance quand ils mettent en place des mesures pour restreindre la messe traditionnelle et les messes privées, ou pour imposer la communion dans la main, mais cette « orthodoxie instrumentalisée » n’est guère équivalente à un enseignement donné avec autorité. Imaginons un instant que les évêques imposent l’adhésion à la vraie foi avec la même autorité avec laquelle ils ont imposé les masques, les distances sociales et les formulaires de suivi. Tout ceci pose les bases d’une question plus importante : est-il seulement possible à l’Église de cesser d’exiger « l’adhésion complète et inconditionnelle ainsi que la profession de tous ses enseignements ? »

Conclusion de la première partie

Étant donné la prévalence d’erreurs aussi sérieuses et conscientes, il est nécessaire de nous demander si la situation actuelle contredit ce que l’Église enseigne avec autorité sur sa propre unité. Ce qui est certain, c’est qu’il semble y avoir une division dans la profession de foi de l’Église.

Mais il est impossible à l’Église de perdre l’une de ses quatre marques. L’Église catholique romaine existera jusqu’à la fin du monde, en gardant sa nature essentielle et sa constitution, y compris son unité. [32] Il doit donc exister une solution qui préserve tous les aspects des enseignements de l’Église sur elle-même, tout en étant compatible avec les faits que nous observons autour de nous.

L’enseignement est certain : nous l’avons amplement démontré avec les textes magistériels et en nous appuyant sur quelques extraits du père Berry. Nous continuerons à l’établir en citant d’autres théologiens. Cependant, les faits observables sont également certains. Les divisions sont réelles et bien visibles, c’est indéniable. Mais parfois, faute de prendre suffisamment de recul, on peut être amené à interpréter faussement les choses.

Pour quelqu’un qui n’aurait jamais entendu parler d’une éclipse, la photo de cet évènement ressemblerait à un cercle brillant flottant dans un ciel sombre.

Quelqu’un qui aurait grandi sous une éclipse d’une durée particulièrement longue (si une telle chose était possible) pourrait penser qu’il observe un seul et unique objet : un anneau brillant flottant dans le ciel. Mais en réalité, il observe deux objets bien distincts en les prenant pour un seul. Si la situation perdurait suffisamment longtemps, il pourrait être amené à croire que cet anneau brillant est le soleil, ou même à redéfinir complètement sa notion de soleil. Il peut ne jamais réaliser que la radiance du soleil est obscurcie temporairement par la lune.

Pour rassurer le lecteur, nous affirmons que l’Église Catholique Romaine est le corps mystique du Christ, en dehors duquel il n’y a point de salut ; que nous professons et croyons à tout ce qu’elle enseigne, et qu’elle demeure présente dans le monde en conservant toutes ses marques intactes. Nous poursuivrons cet examen dans une seconde partie.

The Visible Unity of the Church

Part I The visible unity of the Church in her profession of faith, and problems faced today.
Part II Further authorities establishing beyond any doubt the meaning of this teaching.
Part III Hypothesis reconciling the teaching of the Church with apparently contradictory facts of the crisis.

Version française:
Première partie


[1] 8 April 2021, https://www.lifesitenews.com/opinion/what-does-it-mean-for-catholics-to-believe-in-one-holy-catholic-apostolic-church

[2] L’article fait référence à l’Église Catholique Romaine pour clarifier ce qui devrait être évident: Il s’agit de l’Église dont Saint Pierre, Saint Thomas d’Aquin, Saint Robert Bellarmine, Sainte Thérèse de Lisieux, John Henry Newman, Saint Pie X etc. sont membres, et d’aucune autre institution ou église, comme par exemple une église composée de toutes les confessions chrétiennes ou de l’Église Catholique et Orthodoxe, ou de toute autre combinaison possible.

[3] Mortalium Animos 6: https://www.vatican.va/content/pius-xi/fr/encyclicals/documents/hf_p-xi_enc_19280106_mortalium-animos.html

[4] Leo XIII, Satis cognitum 6, https://www.papalencyclicals.net/leo13/l13satis.htm, Mortalium animos 7.

[5] https://www.lifesitenews.com/opinion/why-early-20th-century-theology-manuals-are-vital-for-catholics-today

[6] A Catechism of Christian Doctrine, Catholic Truth Society, 1921. A.95.

[7] Mystici corporis Christi 22. https://www.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_29061943_mystici-corporis-christi.html

[8] Cf. also Van Noort Dogmatic Theology Vol. II: Christ’s Church, The Newman Press, Westminster Maryland 1959, p 236.

[9] St Robert Bellarmine, On the Church Militant, in On the Church translated by Ryan Grant, Mediatrix Press 2017, page 238

[10] Vatican I, Pastor Aeternus; SESSION 4 : 18 July 1870 First dogmatic constitution on the church of Christ. http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/jvy.htm

[11] E. Sylvester Berry, The Church of Christ, B. Herder Book Co. London 1927. p 94.

[12] Vatican I, Chapter 3 on Faith, 10, 12.

[13] Berry 98

[14] Noter que quelqu’un peut continuer à professer extérieurement la même foi sans forcément y adhérer intérieurement. Ceci est clé pour comprendre les questions d’appartenance à l’Église et de visibilité de l’Église.

[15] Berry 98

[16] Berry 94

[17] Berry 99

[18] Satis Cognitum 8-9

[19] Berry 225

[20] Berry 225

[21] Cardinal de Lugo, Disputationes Scholasticae et Morales, Disp. XX, De Virtute Fidei Divinæ. Translated by Mr John Daly, taken from https://romeward.com/articles/239752519/cardinal-de-lugo-on-heresy

[22] Humani Generis 20, https://www.vatican.va/content/pius-xii/fr/encyclicals/documents/hf_p-xii_enc_12081950_humani-generis.html

[23] Joachim Salaverri, On the Church of Christ, in Sacrae Theologia Summa IB translated by Kenneth Baker SJ 2015. 1222.

[24] Salaverri 1211.

[25] Romano Amerio, Iota Unum – A study of the changes in the Catholic Church in the XXth century, Sarto House, Kansas City MO, 1996. 143.

[26] https://www.lifesitenews.com/news/pew-report-only-half-of-americas-catholics-know-what-the-church-teaches-about-communion

[27] https://www.pewresearch.org/fact-tank/2019/08/05/transubstantiation-eucharist-u-s-catholics/

[28] Consider da Silveira’s classic Essay on Heresy, translated by John Daly, available here: https://web.archive.org/web/20140127191529/http://strobertbellarmine.net/essayonheresy.htm

[29] Berry 98

[30] Berry 160

[31] Amerio 143.

[32] Cf. Salaverri, Thesis Ch III A.1. Th. 7 .

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